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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:48

Des raisons plus personnelles…

Tant d’autres raisons ! Dans mon cas ?  Je travaillais dans une Radio où l’on m’a dit : « Voulez-vous écrire une histoire en voyageant dans le monde ? « 

Quelle belle occasion ! J’ai pu partir d’Australie jusqu’en Inde, lentement, - peu d’avions ; et donc, entre toutes les îles, on prenait des bateaux. Pensez qu’à Bali, l’aéroport a été très tardivement construit : c’est ce qu’on disait ; il faudra que je me renseigne… Anyway, prendre un bateau ou un train, c’était toute une aventure ! Même à Delhi pour le retour en France !

 

 

Spiritualités indiennes comme intermédiaire :

En fait, quand on a commencé à parler de l’Inde, c’était lorsque le Yoga est arrivé véritablement en France (ne pas oublier qu’on n’avait pas de téléphone partout, pas d’internet) ; et même, quand certains de vous, ici présents, sont retournés longtemps après, on n’avait toujours pas de téléphone  facilement accessible… Vous vous en souvenez ? Lorsque l’on fut coincé, suite à des incidents d’avion, dans Bombay, on ne pouvait pas contacter famille ou amis de France. Donc, à cette époque-là, personne ne communiquait autant que maintenant. Et la Poste, en Inde ! Nous en reparlerons sans doute tout à l’heure !

Simplement en ce qui concerne la France, quand le Yoga est apparu sur la « place publique », ce fut, d’après ce que j’ai vu à l’époque, dans les villes de Lyon et  de Grenoble, où deux professeurs l’enseignaient.

On parlait surtout, dans les milieux « spiritualisants », de Lanza Del Vasto,  et  ce sont  tous ces intéressés qui étaient connectés ; par les groupements « Gandhiens d’Occident » et « Société des Amis du Bouddhisme » (1955), France Inde (60 ?), par exemple, où l’on retrouve des personnages comme le Docteur Schnetzler , un psychanalyste, qui devait par la suite ( 1976) fonder le Karma Migyur Ling avec un lama (Teunsang)…

Ces gens se regroupaient, faisaient  ou écoutaient des conférences sur le Bouddhisme, valorisaient les livres de Krishnamurti et le Bardo Todol. Ils parlaient de Gandhi qui avait enseigné le Yoga à Lanza Del Vasto qui l’avait transmis à Aldo Dhorighel qui l’enseignait  à Grenoble vers les années 62 (et continue de le faire en France !). Gurdjieff était également  dans les conversations et les recherches…

 

Puri square9

   Puri Square

 

On parlait peu de l’Inde ; seulement du Yoga et de la spiritualité intimement liée à cette pratique. Même moi, qui l’enseignait par la suite (1963 à 66) en quelques endroits (France, Italie, Nouvelle Calédonie), je ne rêvais ni ne faisais rêver de l’Inde ! Comme partout à cette époque, la curiosité était du Soi, de l’Atman

Ailleurs en France, vers 62  ( ?), la revue Planète avait fait se regrouper des gens « différents », dans de petits groupes… mais, à part le Yoga (hatha), les discussions ne tournaient pas sur l’Inde ou la spiritualité indienne ; je me souviens de ce grand rassemblement où nombreux étaient ces gens, à  Cefalu (Sicile) : astrologie, psychologie, déconditionnement à la Krishnamurti et ses dangers, L.S.D., méditation, peinture classique… voire Yoga chrétien ! Pas le souvenir d’autres thèmes !

 

Donc, apparemment, seuls les gens qui s’intéressaient au  Yoga, à Hindouisme et  Bouddhisme, entendaient le nom de ce pays ! Et ils étaient très peu nombreux, d’une part, et ceux qui étaient intéressés l’étaient  de manière très intense et peu « matérialiste » ;  au-delà du désir de voyage en Inde… Au-delà du hatha yoga (à cette époque le Yoga n’était pas considéré comme seulement du hatha yoga comme maintenant ; sa « profanation » en gymnastique et esthétique me semble avoir commencé en 68, via les magazines féminins (en Australie du moins) et via la crainte de tout ce qui pouvait être « religieux alternatif » en France (1972, j’ai mes références !).

Mais au début, en  1962, le Yoga était  vraiment en lien avec la spiritualité « orientale ». 

Ensuite, via un dominicain, le père Jean Déchaney, qui avait fait un ashram, (je ne sais pas s’il était allé en Inde alors, lui,  mais j’ai appris qu’il y était allé ensuite)… un ashram à Valjouffrey, au nord de Grenoble, le Yoga était devenu très chrétien ;  ses livres ?  la Voie du Silence, en 1960, puis le Yoga chrétien (en 64).  Lui-même faisait des prêches assez étonnants, pour une dizaine de personnes, dans l’église du village, mais toujours avec l’optique Gandhi –non violence, spiritualité, etc. et son intérêt pour le Yoga était surtout afin d’utiliser cette discipline pour la religion chrétienne.

Dashimaru vint à Grenoble en 67, mais, dans ce cas encore, seule la « philosophie » intéressait (et un très petit public) ; pas l’Inde en elle-même !

 

J’insiste sur cette atmosphère car, historiquement , il en fut de même aux USA ; c’est la spiritualité orientale qui poussa les Hippies vers l’Inde… et  y engendra l’arrivée de quelques Maîtres indiens.

Mais tout ceci ne touchait que les happy few ; la mentalité française n’était guère favorable aux spiritualité venues « d’ailleurs » ! Un bon document à ce sujet : tous les numéros de Planète, plus orientés vers l’étrange, les divergences, le surréalisme, l’humour… Comme toujours et encore ! Et surtout : les commentaires sur les propos de Lanza del Vasto que l’on entend dans le film « Tous au Larzac » (Christian Rouaud, 2011) sont particulièrement symptomatiques à ce sujet. Lui-même écrivait, avant 70 : « des Français, voire des Parisiens, race entre toutes incrédule, raisonneuse, persifleuse et pétulante » que seul Gurdjieff avait « su faire taire, les asseoir jambes en croix, et les mettre à s'occuper d'eux-mêmes ».

 

Deux mondes !

Un exemple édifiant : je vous ai parlé du docteur Schnetzler qui avait découvert le Bouddhisme et  voulait communiquer cette philosophie dans  de petites conférences publiques, dont le Groupe « France-Inde ». Lisant sa biographie, je découvre  qu’il ne parlait jamais de cela auparavant. Le bien fondé de cette prudence ? Je cite : « Le constat qu’il fit lors de ses études de médecine à Bordeaux de 46 à 55, où il ne rencontre aucun bouddhiste et constate l’ironie méprisante de ses collègues, lorsque l’Orient ou la réincarnation s’invitent dans la conversation. » (jpschnetzler.fr)

Lorsque nous l’avons rencontré, il annonçait très clairement : « J’ai eu l’illumination... » Mais il s’agissait d’un groupe très restreint de personnes intéressées par spiritualité et nourriture saine… et « recherche intérieure », où l’on ne parlait que de spiritualité à la Lanza Del Vasto et Krishnamurti.

Ces sujets commençaient juste à être abordés par certains en France… ou en très petits cercles « humanistes ».

Je me souviens du fait que le docteur Schnetzler distribuait le « Bardo Todol », le Livre des Morts tibétains et  Les Enseignements secrets du Tibet. Ses ouvrages à lui, il fallut attendre 1974 pour qu’ils atteignent un plus vaste public.

Et  l’on y  « travaillait » sur Krishnamurti dont l’impact était assez fort en France, dans ces milieux, je répète, fort restreints.  « Normal »  puisque le mental français est toujours en action ; or ses livres étaient tentatives et aides pour le déconditionner ! Là encore : on savait qu’il était indien, mais il était quelque part en Suisse et l’association avec l’Inde ne se faisait pas.

Via Gandhi, on parlait également de non-violence ; mais sans se focaliser vraiment sur son pays.

 

Un autre fait à l’origine de cette  fameuse Route vers l’Inde, d’après ce que j’ai vu et vécu : dans la revue qui est sortie à peu près à cette époque, celle d’André Van Lysebeth, Yoga, on voyait des Swamis, en train de montrer les postures. Et certaines personnes, dont lui, racontaient être allées visiter des ashrams. Eh oui ! En plus, la télévision diffusait une série de documentaires et d’interviews de Maîtres indiens réalisés par Arnaud Desjardins, de 1959 à 73…

 

En parallèle, il y avait les articles de la revue Planète ; dont j’ai déjà parlé. En 61, je me souviens, avait paru un article sur Auroville. Mais cela demeurait, pour nous, des concepts ! Auroville en Inde… Certains y étaient partis… mais pas revenus encore pour en parler ! Oui ! Et personne ne se posait la question : L’Inde, quel pays est-ce vraiment ?

Le mental n’était pas fait pour les voyages, à cette époque ; en France.

 

Inde Sculpture[1]

 

 

 

                            

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Published by sur-la-route-des-indes-des-hippies-pendant-les-70s
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