Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:47

Du changement ! De la vie !

 

Quelqu’un  posait la question tout à l’heure : « Pourquoi y êtes-vous parti ? » Vous savez : on partait parce que soit on en avait marre de l’existence étroite, soit pour des raisons plus spécifiques.

« J’étais très riche  (m’a dit une jeune fille il y a quelques années) ; je ne savais plus quoi faire de moi, mon père est mort ! Pourquoi pas les Indes puisqu’on en entend parler… »

Exotisme, liberté, curiosité, changement d’air, etc. D’autres sont partis, comme Alain Duval, qui a développé l’Alliance française de Brisbane,  parce qu’il savait, avec celui qui, ensuite écrivit le Manuel de la Vie Pauvre avec nous, qu’il pouvait aller voir des Tibétains.

 

 

 Un pèlerinage…

 

Donc, on peut dire que c’était comme un pèlerinage… Voyez les titres de deux livres de Lanza del Vasto : Pèlerinage aux Sources (1943), Vinoba, ou le nouveau Pèlerinage  (1954)…

 On n’en a plus guère en Europe, de pèlerinages authentiques, non commerciaux ; plus de Carnavals réels non plus, pour « se changer d’air » .

Il y a donc une certaine nostalgie du départ… et du  « tous ensemble, on va tous se retrouver »…

Maintenant, il y a certains rassemblements pour pallier à cela : les rassemblements Rainbow, les « gatherings » des Burning Man, Confest, les rassemblements Nowhere, etc. Tout un tas d’autres, des Raves aussi. Afin de sentir qu’on est ensemble, qu’on va pouvoir faire ce que l’on veut et qui sera différent de l’ordinaire ; en rejoignant ses « pairs », ses semblables, sa tribu ! 

Alors, ce pèlerinage  que fut la Route des Indes, c’était comme une aventure « initiatique », comme le « Tour de France » du Compagnonnage : « Ah ! On a fait la route des Indes ! » Comme si l’on avait droit,  alors, d’arborer une médaille : « Ah ! Je suis un ancien ! » J’ai d’ailleurs trouvé un guide d’Ibiza où l’on a placardé ma photo, prise sans que je m’en aperçoive devant un Café-culte de l’époque hippy.  Ils ont inscrit au dessous : Un Hippy chic !

 

Bouddha[1] dansBR

 

 

 Des raisons bien matérielles :

 

Le côté bien pratique de l’Inde, on le retrouve dans le texte des lettres d’Alain : « …après avoir traversé l’Afganistan, le but du voyage, c’est l’Inde et 2 centimes du km ! Voilà ! En général c’était de l’auto stop. Mais incroyable, les gens vous prenaient sur 200 kms. »

Et c’est vrai parce qu’il n’y avait pas tellement de voitures ; même dans le Queensland des Hippies australiens ; des pistes en terre, souvent… et, même ensuite, 1973, à… Ibiza… aujourd’hui pourvue, bien que d'une surface de 45 sur 25 kms… d’autoroutes !

 

Il était parti en 66, lui,  avec celui qui a fait par la suite avec notre contribution anonyme, Le Manuel de la Vie Pauvre. Ils sont partis, comme je vous l’ai dit, parce qu’ils savaient que des Tibétains venaient se réfugier en Inde !

Les Hippies y trouvèrent également de l’Aide, sur cette Route ;  l’accueil  qui leur fut réservé correspondait, dans les apparences, pour les Indiens, à leur attrait pour la spiritualité indienne ; cette caractéristique leur ouvrait les portes des ashrams, avec le gîte et le couvert !…

Cette faveur cessa rapidement par la suite : si l’on en croit les messages trouvés vers 1973 sur la revue Actuel et entendus un peu partout alors, les ashrams indiens  durent se fermer aux « back packers » de l’époque, aux « profiteurs » qui ne venaient guère pour  la spiritualité.

On savait également que dans le sud de l’Inde, c’étaient les monastères chrétiens qui pouvaient vous accueillir.

 

Donc, certes, tout au début, l’attrait de la spiritualité indienne poussait à passer des livres à la rencontre bien concrète avec le pays qui la conservait… Mais très vite, ce fut le seul fait de pouvoir vivre « pour rien » dans ce pays qui prit le dessus ; sauf erreur de ma part quant à la date, une revue féminine conseillait, vers 73, de travailler en France, d’acheter un appartement, de le mettre en location pour aller vivre  économiquement au Népal…

Car oui ! L’hébergement ne coûtait presque rien, la nourriture non plus… Paradisiaque…

 

Jusqu’à cette date fatidique : 1972,   la dernière année de « liberté » pour les Hippies, à Katmandu ; la fin des Hippies ! Il nous a été interdit de vivre sans dépenser d’argent. Il fallait automatiquement placer une certaine somme  à la banque et l’utiliser. Vous ne pouviez plus faire les petits changes dans la rue. Est-ce cela qui n’attira plus que des voyageurs relativement riches, venus plus pour la drogue que pour la spiritualité, et l’héroïne « de contrebande », après l’interdiction du haschisch ; et  qui entraina la décadence de Katmandu ?…

D’ailleurs, le Guide français de Tchou annonce bien le changement  en clamant dès la couverture : « Pour 3 fois rien » ;  et le développant sur les deux pages d’avant-propos ; viennent ensuite les mots : vagabonder, route buissonnière, variété de populations… Rien à voir avec l’état d’esprit des premiers pèlerinages « spiritualisants » sur cette Route mythique !

Le côté « économique », les Français en sont fortement des adeptes ; après l’Espagne dans les années 45 !

 

Mais ce fut, plus tard,  pour d’autres raisons, qu’ils s’échappèrent dans des lieux plus pauvres ; Ibiza, par exemple, fut pour les « intellectuels »…  Mais déjà avec « esprit hippy », c’est-à-dire avec la philosophie de Liberté, de Paix et d’Amour libre au soleil

Le retour à une vie plus naturelle… Le grand propulsif des Hippies…

 

 

 Exotisme et Liberté :

 

Car oui ! Un autre des avantages de cette Route, devenant à la mode,  c’était la liberté que l’on trouvait dans ses deux pays de fin de voyage : Inde  et Népal… Des grandes  et longues vacances… Sans date de retour… Promiscuité sensuelle souvent plus que sexuelle (la majorité anglo-saxonne n’était pas latine !) 

Non !  Là n’était pas le facteur  précis recherché ; beaucoup de nudité, certes, dans les appartements décrépis que nous louions… Surtout de la part des allemandes, d’après mes souvenirs. Mais pas au dehors…

Jusqu’à l’arrivée, comme à San Francisco, plus tôt, de tellement de gens bien vite à bout de leurs ressources financières que la prostitution et les drogues arrivèrent… 1973, me semble… d’après les récits… car j’étais reparti avant, au mois de Mai 72…

 

Un existence festive perpétuelle, par contre !  Du « culturel », pour de vrai ! Pas celui que l’on connaît par cœur en Europe ! Non ! Exotique, ici ! Presque tous les nouveaux habitants de Freak Street et des hôtels archaïques du quartier étaient intéressés par les temples, leur architecture, les danses traditionnelles, les artisans, les peintres de Tankas. Et chacun d’ essayer de trouver des spécialistes locaux pour apprendre comment on dessinait ces derniers, pour faire des rubbings… Vous connaissez certainement : on frotte du papier sur les sculptures ; vous savez comme on fait à partir de pièces de monnaie ; on obtenait les bas-reliefs sur papier.

Et les artisans de Bali, avant la mode des moulages !

On  transmettait les adresses aux nouveaux arrivants… On allait voir les danses, on se mêlait véritablement au peuple, à ses fêtes, à ses cérémonies. Mais uniquement  dans un état d’ouverture que l’on pourrait dire, en utilisant le sens réel de ce terme galvaudé, « spirituelle ». 

Les pays traversés, surtout Bali et le Népal, semblaient d’ailleurs n’exposer que cela ! Et à Kuala Lumpur où tant de religions se côtoyaient, la spiritualité, sous une forme conviviale et souriante, était partout… En Inde, les contacts étaient moindres, les indiens très intériorisés, sauf avec les Sikhs curieux, étonnés de nous voir aller à l’encontre du Progrès qu’ils espéraient, eux, pour leur pays… et fuir les Universités dont ils rêvaient…

Et plusieurs de nous apostropher : « Pourquoi vous vous habillez comme des Indiens ? ». Pire ! Ils nous disaient aussi, parfois : « Pourquoi vous asseyez-vous à croupetons ?… (Parce que, souvent, quand on s’asseyait, il n’y avait pas de chaises !) Ce sont les Indiens pauvres qui font ça, quand… ils font leurs besoins ! »

 Il en fut de même en Tunisie, quand on appréciait trop ouvertement les costumes traditionnels des spectacles pour touristes : « Rien à admirer ! C’est du folklore ! On n’est plus comme ça ! ».

 

 Non ! Les Hippies n’étaient pas automatiquement habillés en « hippies », en Inde. Ils étaient relativement « normaux ». Quelques un, plus tard, s’habillaient à la mode du pays, les femmes avec un sari. On pouvait ainsi pénétrer plus facilement dans les temples, dans les groupes de chants religieux, dans les cérémonies… A Bali, Delhi, Calcutta, Katmandu…

Avec le bon côté adjacent à cela : comme « eux »… et tout devenait naturel et gratuit !

Pendant mon séjour : très rares, les néo-autochtones ! Les « hippies » portaient des vêtements… hippies ou de simples chemises, jupes et pantalons normaux (= assez colorés, pas repassés, mais sans agressivité aucune). On les distinguait dans les foules, puisque rares, comme déjà dit…

Je rajoute une ligne à mon texte, aujourd’hui, alors que j’ai terminé de le mettre au propre pour ce Site ! Juste ici… Pour insister sur ce fait qui  m’étonnait moi-même, vu les discours ou les livres de ceux qui m’avaient précédé sur la Route : car je viens de lire la thèse de Philippe Lagadec sur ce point particulier du phénomène hippy… et elle me confirme dans mes souvenirs… En 70, ce n’était déjà plus la foule des « hippies » en quêtes massives de paradis artificiels ; la « moitié » des voyageurs qui venaient (et en avion souvent !) en Inde ou au Népal, ne demeuraient, lit-on, que de « une semaine à trois mois », sautant directement dans les villes-cultes de la fin de la Route ! Idem, trouvé aujourd’hui, dans la Route de Luc Vidal : du monde en été seulement à Katmandu ! 

C’est pour cela que j’ai pu, avec mes amis, baigner calmement et réellement dans l’atmosphère non « touristique » (même « alternative »), non commerciale des pays traversés !

 

Oui ! Tenter de vivre l’existence d’un peuple totalement différent du nôtre était exotique et enthousiasmant… et révélateur…

Cela est écrit un peu partout par ceux qui vécurent en Inde ou à Bali  avant l’afflux des touristes ! Que de prises de conscience, de remises au point de sa propre existence !

Assez curieusement, cette Liberté semblait suffire… Un simple repos dans une atmosphère chaleureuse était sans doute nécessaire après tant d’années de matérialisme, de tensions mondiales, de luttes pour les droits : ce pour les non-autochtones présents sur la Route.

 

Mais le calme et le farniente perpétuel ne suffisaient plus, vers 72 !...

Beaucoup d’alcool y était consommé par les Hippies (les Américains, d’après mes souvenirs, et à Delhi seulement) que j’ai pu rencontrer  dans les hôtels de fortune ; avec les problèmes de foie annexes…

 

Lisez d’ailleurs les premières page de l’Anti-voyage ! Les raisons pour le départ en Inde (par les airs !) sont clairement énoncées : voyage et drogues…  Mais c’était en 74, donc deux ans après « la fin » (d’après moi).

 

 

 Nature et simplicité :

 

L’Inde ne paraissait pas polluée, alors… Katmandu non plus… Dix ans après, même, dans cette dernière ville, on faisait du vélo ; certains qui sont ici s’en souviennent ; c’était en 85. Ce n’est plus possible maintenant. Il faut un masque avec des filtres sur le côté pour pouvoir y respirer ; et regardez les photos que nous y avons faites il y a deux ans… La rivière, le ciel : tellement pollués ! 

Ce qu’on appréciait aussi, en Inde, c’était de pouvoir aller à Katmandu ensuite ; l’Himalaya, des villages comme au Moyen âge, des gens simples… Respirer ! Ce désir de retour au « naturel »,  à la « nature », comme il se traduisit ensuite en France par l’exode en Lozère et l’élevage de moutons (caricature, évidemment !).

 

Retour à la simplicité (même le papier hygiénique était inconnu) ; fin du consumérisme facile ; réalisation de la solitude, du temps libre… Insupportable pour certains : je me souviens de ceux qui ne supportaient pas le silence dans les villages de montagne et devaient  en repartir ! Même en Australie, dans le bush ou les forêts à Hippies du Queensland ; ou dans « ma » communauté des Tablelands (la Zen Colony)…

 

Mais, au fond, cette recherche était plutôt celle de la « liberté ».

Il est évident que Delhi, Calcutta, même Rishikech qui a été mis à la mode par le Yoga de Van Lysebeth n’offraient pas une image idyllique de Nature…  Mais de Liberté, oui  ! 

Or n’est-ce pas, au fond, le vrai sens de ce besoin de « retour à la Nature » en soi : sa dite « nature profonde » ! ?

N’en était-il pas de même pour, par exemple, Gérard de Nerval et plusieurs peintres du XIX ème siècle ? Ils entreprenaient  le voyage en Orient, en rapportaient de somptueux tableaux et récits.

Mais cet exotisme ne touchait  que  de rares personnages ; voyez, en parallèle, l’aventure du petit fils de Gauguin, écoutant l’appel de la Liberté, et voulant suivre son ancêtre dans les pays  exotiques : il s’arrêta « simplement » à Ibiza ! En 1933…

« The Call of the Wild », dirait Jack London…  « Se libérer du Connu » (1970, Krishnamurti), « Le Pèlerinage aux Sources » … Lanza del Vasto… « On your own, like a rolling stone…» (Dylan,1965) : le message était dans l’air !

 

Quitter ce que l’on nomme aujourd’hui Métro, boulot, dodo, avec assez d’énergie (du désespoir) pour ne pas se faire retenir par la famille, les amis, le souvenir d’une rupture, ces « attaches » qui agissaient  souvent comme le Chien du Pèlerin sur la Carte du Tarot.

C’était difficile ! Déjà c’est difficile de quitter la France…

 

La France est pantouflarde ; de manière impressionnante ! Essayez ! Vous téléphonez à quelqu’un que vous avez rencontré il y a 30 ans : il habite toujours au même endroit en France ! Caricature ? Peu de gens sont partis, je vous dis. Non ! Seules quelques rares personnes un peu « spéciales » (les freaks)  avaient le courage… ou l’inconscience de partir dans une telle aventure. 

Pensez ! La première réflexion, quand vous disiez « Ah ! je vais partir en Inde ! » était :  « Alors tu fuis ! ».  

Il fallait toujours trouver la riposte : « Moi, je fuis peut-être, mais vous, vous fuyez aussi votre désir de partir ».

Pour eux, cela a donné Mai 68 ! Quand ils ont éclaté, pour les mêmes raisons, ils n’ont pas éclaté de la même façon.

Typique aussi : on fait des révolutions ; on tape sur les autres. Mais on ne se dit pas, bon sens à la rescousse : « Mais, qu’est-ce que je fais ici ? Si je ne suis pas bien, je vais voir ailleurs si ce n’est pas moi qui ai des problèmes. »

D’ailleurs dans les conclusions, c’est cela même.

Il y a certaines personnes qui se disent, après avoir vécu des années à Goa : « Je vais commencer à m’assumer, parce que tout ce que j’ai vécu à Goa… » ; etc. (Voir Youtube)! Car, pour eux, Goa, ce furent les expériences d’introversion par les drogues et le face à face avec l’inconnu.

 

                              Mat[1]                     Mat 5

                                                Le Mat

 

Partager cet article

Repost 0
Published by sur-la-route-des-indes-des-hippies-pendant-les-70s
commenter cet article

commentaires